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 Fledermäuse 
"Martins Eltern waren nicht da, sie waren nach Brignognon zum Essen gefahren."
(Erzähler in "Dem Monster auf der blutigen Spur")

Schloß Brignogan-Plages

À onze heures et demie, nous faisons triomphalement notre entrée à Brignogan et nous écarquillons les yeux pour voir les Grecs. Pour le moment, le seul que nous parvenions à découvrir est un vieux mendiant qui, d'une voix dolente et en bas-breton, nasille ses misères.
- Ça ne sent pas l'Attique, murmure M. de C. en sautant de voiture.
- Pourvu qu'il y ait un hôtel! soupire Bully.
L'excellent docteur, qui ne paraît pas rassuré, va aux informations. Au bout de cinq minutes, il revient, la figure rayonnante. On s'est trompé à Roscoff: ce ne sont point des Grecs, mais des Kalmouks. D'où viennent-ils? Allah kebir!
Nous descendons à l'hôtel de la Grande Maison pour déjeuner. La «grande maison» en est une toute petite, mais assez proprette. Bully s'informe s'il y a des bœufs à Brignogan et, sur une réponse affirmative, il en déduit logiquement qu'on doit y trouver des biftecks. La vérité est que nous mourons tous de faim; aussi, quand le docteur sort de la cuisine et nous annonce, en se frottant les mains, qu'il y aura non seulement des biftecks mais encore du homard et de la barbue, et un petit fromage dont nous lui dirons des nouvelles, et du cidre dont il ne dit que ça, sommes-nous prêts à le porter en triomphe. Tout ému, Bully se précipite dans ses bras.
Allez, il y a de beaux moments dans la vie.
Et, pendant qu'on prépare toutes ces succulentes choses, nous allons sur la plage.
Très pittoresque, la plage de Brignogan, avec sa redoutable ceinture d'écueils et ses amoncellements de blocs granitiques, derniers restes de quelque moraine de l'époque glaciaire.

[...]

Ce Brignogan, que l'administration française a oublié de mentionner dans l'Indicateur général, a quelque chose d'un paysage lunaire, l'apparence d'un morceau de planète morte accroché par hasard au flanc du globe; sur une vaste plage de sable fin, d'énormes blocs de granit, dont beaucoup ont la dimension de la Pierre à Bot, sont jetés pêle-mêle, formant çà et là comme des tas de pierres géantes que les Titans auraient préparés pour bombarder l'Olympe.
Ces blocs affectent les formes les plus bizarres: l'un représente une tête de cheval, l'autre une tête de crocodile; celui-ci rappelle une tortue, celui-là un sphinx.
Entre ces amoncellements gigantesques, on circule à l'aise sur le sable très uni, mais à la marée haute, la plupart deviennent des îlots autour desquels la mer déferle à grand fracas.
Cet après-midi, allant nous baigner et passant au pied d'un de ces blocs creusés en cavernes, nous apercevons, à une dizaine de mètres au-dessus de nos têtes, toute la population d'un hameau voisin, hommes, femmes et enfants, bayant aux corneilles, les regards tournés vers l'Océan. Du haut de ce belvédère naturel, une femme nous interpelle et nous nous arrêtons pour faire un bout de causette.
- Comment s'appelle ce rocher, madame?
- Roch Castel, monsieur. Elle prononce Roach Chastel, en donnant au ch un son guttural qu'envierait un Oberlandais de Brienz ou d'Iseltwald. Je répète sans trop de difficulté, et tout aussitôt la femme:
- Ah! vous êtes du pays, vous. Je vois bien que vous n'êtes pas un Parisien, parce que vous pouvez dire Roach comme il faut.
Je réponds que je viens de Suisse, et comme la bonne femme paraît ne pas comprendre, son mari, qui, jusque-là, n'avait rien dit, lui explique que cela doit être là-bas, très loin, du côté opposé à la mer. Maintenant, c'est lui qui nous adresse la parole.
- Est-ce que les affaires vont bien, en Suisse?
- Mais, comme cela, pas trop mal.
- Ah! ici, ça ne va pas. Il n'y a plus d'argent dans le pays. Si nous en avions encore, nous bâtirions des maisons pour faire venir les étrangers. Mais quoi! le commerce ne va plus ... On ne fait plus de commerce.
Le commerce, à Brignogan? Oui, il y en avait autrefois, en effet. Un bien singulier commerce. Comme aujourd'hui, les gens se réunissaient sur le Roch Castel et épiaient les navires en mer. Le soir, ils attachaient des torches allumées aux cornes de leurs bœufs et lâchaient ceux-ci à travers les rochers. Trompés par ces lumières qu'ils prenaient pour des signaux, les bâtiments allaient de confiance se briser sur le Roch Castel et devenaient ainsi la proie facile des naufrageurs. C'était le bon temps et le commerce était florissant. Combien de fortunes, sur ces côtes, n'ont pas d'autre origine!

Literatur Émile Bessire: En Bretagne. De Berne à Belle-Isle. Genf / Paris 1894 [Ch. Eggimann & Cie. / Librairie Fischbacher], S. 120-121 u. 192-194

 

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